Je me sens comme un guerrier.

Ces deux premières journées auront été bien hautes en couleur. Entre un premier fond de gin pour éponger un peu de détresse sentimentale, et un second fond de gin pour soutenir au mieux une famille blessée.

Un goût de cendre sur les lèvres.

Lundi

Le courage se présente toujours sous plusieurs formes. L’abnégation aussi. J’ai fait ce qu’il me semblait honnête de faire. Je connaissais les risques et la vertu m’interdit aujourd’hui de persister.

À se montrer un peu trop romantique dans un monde qui préfère souvent en rire, on finit par s’y brûler doucemement. Pas de regret à avoir. Pas de colère à ressentir. Dans les deux cas, il n’y a pas faute. On ne peut que l’accepter.

J’imagine que c’est ma forme de courage. Mais parce que c’est plus facile quand même, on réajuste après droitement l’armure du stoïcisme.

J’ai bien droit de me prendre un bon verre de gin.

Mardi

Une mauvaise nouvelle, on a beau être un optimiste, ça reste une mauvaise nouvelle. Alors le matin, quand vient la nouvelle, on devient nerveux et renfermé.

On le sait. On s’en rend compte. On se rend compte aussi que les autres s’en rendent compte. On regarde son cellulaire toutes les 15 minutes en se refusant à toute nouvelle fatidique. On se plonge dans ses travaux pour s’oublier. Et on sait que ça ne marche pas.

Pis vient la seconde nouvelle. On apprend que ça ne sera pas le « pire ». On respire. On sourit. On rassure aussi, et on dit qu’on s’occupera des enfants le temps qu’il faudra.

Vient le soir, on retrouve les enfants. On leur dit que papa et maman seront absents ce soir, et qu’ils les embrassent très forts. On ne leur dit rien d’autres.

On ne saurait pas faire de toute façon. Et quand je les vois paisiblement endormis, je me dis, heureusement qu’on a évité le pire.

J’ai bien droit de prendre mon second verre de gin.

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Après deux jours, je me sens comme un guerrier.

Vaillant pour avoir résisté,
Blessé pour avoir défié.

Et maintenant,
il me faut me reposer.